jeudi 29 mai 2008

Chronique d'album : Thrice - The Alchemy Index Vol. III & IV Air & Earth


Voici enfin le dernier volet de l'ambitieux projet de Thrice : quatre EP représentants chacun un des quatre élements, le tout auto-produit. Que d'évolution pour ce groupe qui autrefois maniait subtilement mélodies punk pop, riffs métal, le tout teinté d'emo. J'avoue avoir survolé les deux premiers, "Fire & Water", un peu désapointé malgré les bons titres y figurant. Le dernier album, Vehissue, laissait déjà entrevoir ce que serait le futur de Thrice : quelques sons electro et un ensemble beaucoup plus calme et expérimental.
Commençons par le 1er disque, Air. Comme on peut s'y attendre, l'ambiance de la première piste, Broken Lungs, se révèle planante : on se laisse porter par la voix de Dustin bercée par de petites notes douces, dans un ensemble pouvant rappeler Deftones. La fin gagne en intensité, la voix devient plus puissante puis redescend en voix de fluet, les frissons montent. On est conquis. Cette chanson est peut-être la meilleure des deux EP. Seule une autre piste, Daedelus, retransmet encore un peu de l'énergie du Thrice d'antan, ou du moins période Vehissue : toujours planant puis décolle vers la fin et nous permet d'entendre les seuls cris de cette nouvelle fournée. Le reste de cet EP est composé de chansons très calmes. Dans le meilleur : The Sky Is Falling, qui ressemblerait presque à une comptine avec tous ses effets au synthé sur un chant poignant, et A Song For Milly Michaelson : musique ultra douce au synthé et voix posée, on se laisse bercer encore une fois. Les deux derniers morceaux, tous deux très lents, ont plus de peine à convaincre. As The Crow Flies, malgré son chant sensible, et Silver Wings, bien qu'agréable.
L'EP Earth est quand à lui marqué par le récent projet solo du chanteur : folk et country. Ou Thrice là où on ne les attendait pas. Mais quand on y réfléchis bien, quel meilleur style pouvait exprimer la terre ? Le fond est en adéquation avec la forme, tout comme la puissance des riffs servait l'élement du feu, et l'electro la légereté de l'air et de l'eau. Moving Mountains et sa phrase entêtante "I don't know the first thing about love", Come All You Weary, le premier single ou encore, plus mélancolique, The Earth Isn't Humming, on se surprend à trouver celà très accrocheur et surtoût bien plus réussi que sur le disque en solitaire de leur leader. Digging My Own Grave, très jazzy rapelle fortement le groupe français AaRON et son piano mélancolique : le chanteur exprime son désir de sortir de l'amprise des drogues que sont le tabac et la cigarette, très réussi. Reste une ballade au piano, mon coup de coeur de cet EP : The Lion And The Wolf, rien à redire, on se laisse envouter par une ligne de chant magnifique. Pour clore le tout, Child Of Dust qui s'apparenterait presque à un chant religieux avec son piano et son orgue en fond, émouvant.
Thrice a bien changé. On ne peut pas dire que le groupe se soit maintenant assagi, il suffit de garder en tête The Deluge Of Flame, chanson la plus hargneuse de leur existence et toute récente puisque sur le précédent EP. De plus on ne peut que saluer la démarche très personelle du groupe. Ce qui est vrai par contre, c'est qu'on ne retrouvera pas ce Thrice là ici. Ces deux EP font place à l'émotion, mais démeurent supérieurs à l'EP Water, et dans l'ensemble, cette nouvelle production est plus réussie que la première pour peu qu'on ne reste pas bloqué sur l'aspect énervé du groupe. De très belles compositions touchantes à s'écouter en boucle en attendant de voir ce que le groupe va bien pouvoir nous réserver par la suite.

lundi 12 mai 2008

Chronique d'album : Empyr - The Peaceful Riot


Attendu, et pas qu'un peu le premier CD d'Empyr, le side-project des fameux deux ex-Kyo : Benoit Poher et Florian Dubos, rejoints par l'ancien guitariste de Watcha : Fred, le bassiste de Pleymo, Benoit Julliard et enfin Jocelyn, ex batteur de Vegastar. Le tout produit aux Etats-Unis par le producteur Ken Andrews (A Perfect Circle entre autres) et mixé par Brian Gardner (blink-182, Linkin Park). Pour finir un artwork signé Marc Maggiori (Pleymo). Autant dire que tous les ingrédients étaient réunis pour accoucher d'un très bon disque.

On retrouve donc la voix de Kyo qui à priori n'a pas trop changée. Sauf qu'Empyr a choisi de chanter en anglais, sûrement pour mieux s'exporter au Japon déjà, et peut-être aux USA qui sait (Tokio Hotel a bien percé là-bas alors bon...), alors même si on remarque que l'accent de Benoit n'est pas toujours parfait, ça passe largement. Ainsi commence la première piste, God Is My Lover, rythmique rapide (on remarque que toutes les chansons commencent un peu de la même façon) et avec ce chant fragile, mais là où dans Kyo le chant ne décollait pratiquement jamais (toujours ce flow proche du rap et une voix toujours très posée), ici Ben voit enfin les choses en grands : envolées, chant à plein poumons (il faut l'entendre chanter sur Water Lily : "I'm dead since you goooooo") et pour finir des cris déchirants. On se demande comment le gars va pouvoir revenir à Kyo après ça !
Niveau instrumental, oubliez Kyo, les ex Watcha et Pleymo (Benoit Julliard, un des meilleur bassiste de la scène française) nous pondent du lourd, la basse sur Join Us en est un parfait exemple, généralement on est plus proches des Smashing Pumpkins (tout comme l'était déjà l'avant dernier Pleymo) et Deftones que d'un groupe pop-rock. Et justement il flotte un air de Deftones sur cet album, avec des riffs incisifs et puissants; ou un air de Teem Sleep plutôt (side project de Chino Moreno) avec ces quelques arrangements electro et cette ambiance aérienne. La plupart des chansons commencent de façon posée pour s'énerver au fur et à mesure et finir par des cris sur la fin, un schéma assez classique il est vrai mais pas déplaisant. Dans cet esprit : la mélancolique Birth, Forbidden Song, la très jolie ballade The One (comme Poher sait si bien les faire), The Fever (magnifique ligne de chant), March On, la plus calme du CD.
Il n'y a aucune chanson qu'on l'on ai envie de zapper, le groupe distillant douceur et puissance de manière bien dosée. Des morceaux plus rapides et vénères viennent ainsi donner un peu de pêche à lensemble comme l'excellent single New Day ou encore Tonight et son refrain puissant, The Voice Of The Lost Souls, une des plus réussies avec ces cris en double voix durant les couplets, directement inspirés de la scène US et My Empress où Benoit ségosille comme jamais.

Empyr transpire donc la mélancolie de Kyo mais boostée par des instruments puisants directement leur force au coeur de la scène rock américaine et portée par un chant enfin audacieux et ambitieux. On pourrait reprocher un certain manque d'originalité mais The Peaceful Riot reste quand même une belle réussite, dans le genre et dans notre pays, on avait pas entendu aussi bien depuis le dernier Pleymo.